« Le plus grave désespoir qui puisse s'emparer d'une société est de douter que vivre honnêtement soit encore utile. »
Corrado Alvaro

Depuis longtemps, l’acte du devenir est ma bannière. Je parle ici de l’avenir d’une île particulière par son Histoire, sa culture, sa position même dans la Méditerranée. Particulière aussi dans les dangers qu’elle sécrète, fruits de ses amours ancestraux et ancrés, une Corse séculaire dans son originalité. Consciente de ses limites et toute entière dirigée vers des espoirs de renouveau. De changement et de progrès. 
 Je me dois donc de réfléchir constamment sur les désirs profonds des citoyens de cette société à laquelle j’appartiens et qui anime mes feux les plus anciens, sur ce qui circule dans  les âmes de mes contemporains, cette volonté de fer qui a plié les pires moments, et qui même quand elle ne vote pas, ne se tait pas, et espère. J’entends une densité de pensées, j’écoute ce brouhaha compact et je pense que doivent s’élever maintenant des voix qui les représentent sans les conformer, qui doivent dire sans trahir et proposer autre chose que du langage informel, des promesses, des privilèges faciles et éphémères. Les citoyens ne veulent plus être des consommateurs de politique, ils exigent d’en être aussi les acteurs.
C’est une lutte difficile que celle d’un homme engagé : désir d’être à l’unisson des attentes habituelles, des peurs communes et tristement banales : chômage, violence, exclusion, fragilité des anciens conforts, avenir des nouvelles générations. Dans une attention constante des réalités qui nous intéressent tous, concrètement : santé, éducation, droit au travail, à la culture…
Je me sens donc quelque peu prisonnier d’une contradiction : mon discours, mes réflexions  tendent vers l’universel mais il se trouve situés dans le conjoncturel de cette terre et de ses conflits internes. On n’attend pas seulement d’un homme engagé des réflexions profondes sur le monde qui nous assaille et nous bombarde d’évidents et perpétuels questionnements. Mes interrogations et mes idéaux  pourraient sembler « au-dessus de la mêlée ». Ils ne le sont en aucune façon, ils forment au contraire  une direction, des idées concrètes qui s’énoncent simplement par des  projets à la fois ambitieux mais inscrits dans une réalité logique et régionale.
Les citoyens attendent qu’on leur parle de valeurs, qu’on leur propose l’image d’un groupe en cohésion qui fonde ses forces vers des intentions claires. Au-delà des mots et des questions, ce qu’il faut au peuple, c’est de l’action, une action qui lutte réellement contre ce sentiment que j’entends trop souvent, celui défaitiste et désespérant de l’"à quoi bon", qui  décourage l'avenir et ne promet jamais. L’apathie générale ou la révolte systématique ne sont pas des solutions constructives. L’indignation peut être de mise, mais elle doit devenir un effort positif vers le changement.
Je ne crois pas que la politique soit une affaire sale et loin des problèmes du quotidien. Sur la base de l’honnêteté, il y a la place pour de nouvelles volontés agissantes et positives.




Mardi 20 Avril 2010

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