J’ai pour ma part pensé dès les premières heures que le peuple avait parlé et qu’il me paraissait pour le moins artificiel de rattraper par des combinaisons ce que le suffrage universel nous avait ôté. Après tout, près de trois quarts des électeurs nous ont voté contre !
S’est profilée durant ces heures assez surréalistes, la tentation d’un rapprochement avec les nationalistes. Je veux être clair sur ce sujet : je n’ai pas attendu les résultats du scrutin pour entretenir avec la famille nationaliste des rapports de confiance que je crois partagés. Je crois même avoir été en pointe sur certains sujets, je pense notamment à l’officialisation de la langue corse, thème sur lequel j’étais bien isolé il y a encore quelques mois …Pour aller plus loin, je pense que ma famille a intérêt à envisager une donne désormais enracinée dans le corps électoral. En clair, il m’apparaît naturel de songer à des contrats de gouvernance sur des bases programmatiques. Seulement voilà, cela il faut le dire au corps électoral : or aucun article, aucune déclaration, aucune ligne n’avait préparé nos électeurs à cette hypothèse ; je suis pour ma part trop respectueux du suffrage universel pour m’aventurer dans une voie qui n’aurait pas été validée par les électeurs. Pour le reste je crois que la confiance ne se décrète pas elle se construit avec le temps et avec des preuves…
Les résultats du deuxième tour viennent clôturer un cycle, pas seulement générationnel mais aussi et surtout un cycle de pratiques :
De la victoire de la gauche, je retiens que le système Giacobbi qu’on disait tout puissant a plafonné à 15,5% et que cela suffit pour occuper le fauteuil de président du conseil exécutif ; cela suffira-t-il pour gouverner la Corse ?
Du score élevé des nationalistes, je retiens qu’on peut faire 35% des voix sans emplois à offrir et sans subventions à distribuer, avec pour seule promesse la plus belle, celle d’un autre avenir.
Riche de ces enseignements, il faut s’interroger et refonder sans exclusive mais sans faux semblants .S’il faut aussi apprendre à perdre, je crois qu’on n’est jamais tout à fait perdant lorsqu’on ne déserte pas ses idéaux.
Nous avons rassemblé ce que je nommerais notre base incompressible, sans rayonner au-delà. J’y vois plusieurs raisons :
- La volonté de changement qui, après 26 ans de pouvoir habite le corps électoral, en vertu d’une règle empirique incontournable en politique : celle du balancier.
- Un réflexe national assez classique de rejet de la politique nationale qui se manifeste durant les scrutins intermédiaires : l’élection régionale n’y échappe pas et la majorité « paie » son soutien à Nicolas Sarkozy.
- Le principe de la liste unique qui présente l’avantage d’un rassemblement à priori a entrainé des conséquences prévisibles : c’est moins le choix des hommes et leur positionnement sur les listes qui a posé souci (encore que !) que le fait de laisser certaines « personnalités » sur le carreau : eh oui, l’éternel problème des égos, source de tous nos maux!
- Enfin et surtout, je reste persuadé que le modèle de composition des listes consistant à additionner des forces municipales est à reconsidérer : l’électorat est aujourd’hui libre et c’est une bonne nouvelle. Nous avons à méditer le score des nationalistes modérés, qui, sans une mairie, sans instrument, sans subvention à distribuer ou d’emploi public à offrir, recueille près de 24 000 suffrages. Tout cela avec une image et un message. Quelle est notre image, quel est notre message aujourd’hui ?
Ce constat étant posé, l’heure des choix impose le sursaut : voulons nous les forces socialo-communistes dirigent la Corse, voulons nous que la CGT guide notre politique des transports, voulons nous que nos communes soient asservies à une politique d’aide clientéliste, voulons nous que la pulitichella façon mairie de Bastia (un tour le père, un tour le fils, quel scandale !) gagne les rangs de l’Assemblée de corse.
Souhaitons-nous cela ?
Allez, peuple de droite, réveille-toi!
Aux urnes dimanche !

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